Dans sa célèbre introduction au chapitre talmudique 'Helek, Maïmonide énumère les treize principes fondamentaux de la foi juive. Les deux derniers principes traitent de l'ère de Machia'h : la croyance qu'un chef se lèvera qui amènera le monde entier à reconnaître et à servir le Créateur, introduisant une ère de paix universelle et de perfection divine.
Que signifie de dire qu'une idée est un « principe fondamental » du Judaïsme ?
Une définition simple serait de dire que pour être qualifié de « Juif croyant », il faut accepter la vérité de ces treize principes. Mais la Torah ne fait pas ce genre de distinctions. Comme Maïmonide l'écrit lui-même dans son huitième principe : « ...Cette Torah tout entière qui nous a été donnée par Moïse, vient de la bouche du Tout-Puissant, c'est-à-dire qu'elle lui a été communiquée par D.ieu... »
Ainsi, un « principe fondamental » est bien plus qu'un ensemble de croyances requis. Ceci est vrai pour chaque mot de la Torah. Plutôt, ce sont treize principes qui sous-tendent tout le reste. Le terme hébraïque employé par Maïmondie est yéssodot, « fondements » : on pourrait imaginer que les différentes parties d'un édifice puissent exister indépendamment les unes des autres, mais, sans les fondations, le bâtiment tout entier s'effondrerait. De même, chacun de ces treize principes est une « fondation » de la Torah tout entière.
Cependant pourquoi la croyance au Machia'h est-elle incluse parmi les fondations de la foi juive ?
Il est certes évident que le concept de Machia'h est une partie importante du Judaïsme. La Torah en parle (chapitre 30 du Deutéronome, chapitre 24 des Nombres, entre autres), les Prophètes en sont remplis. Mais ne pourrait-on pas concevoir de croire dans le reste de la Torah sans pour autant accepter la vision d'un monde parfait à venir ?
La Torah détaille un code de comportement astreignant et exigeant, régissant chaque heure de la journée, chaque étape de la vie et chaque aspect de l'expérience humaine. Il faut une vie de travail engagé, de grande autodiscipline, et toutes les ressources intellectuelles, émotionnelles et spirituelles que l'on recèle pour mettre sa vie en conformité absolue avec les commandements et les idéaux de la Torah. Dès lors, il y a deux approches possibles quant à la conception de la vie prescrite par la Torah.
D'aucuns pourraient avancer que le degré de perfection attendu par la Torah est hors d'atteinte pour la majorité des gens. Dans cette optique, la Torah est un idéal vers lequel il convient de tendre. Elle est la vision d'un bien absolu conçu pour être un point de référence pour l'homme imparfait. Une personne devrait chercher à se rapprocher de cet idéal - selon cette opinion - bien qu'elle ne l'atteindra probablement jamais, car elle s'améliorera grandement à travers cette quête.
Le second point de vue prend la Torah au pied de la lettre : tout individu est capable et enjoint d'atteindre la vie parfaite et vertueuse que la Torah ordonne. La Torah n'est pas un idéal abstrait, mais un plan d'action pour la vie pratique et réalisable. La Torah elle-même ne laisse pas place au doute quant à sa propre vision : « Car la Mitsva que Je te prescris aujourd'hui, » dit-elle, « elle n'est pas trop élevée pour toi, ni trop lointaine. Elle n'est pas au ciel... ni au-delà des mers... Elle est au contraire très proche de toi, dans ta bouche, dans ton cour, pour l'accomplir. » (Deutéronome 30, 11-14)
C'est cette seconde approche que doit retenir l'homme juif. C'est dans cet optique que les temps messianiques sont un fondement au judaïsme quotidien. C'est durant cette époque que chacun d'entre nous pourra pleinement réaliser ce que la thora nous demande : Réaliser à la lettre et dans toute sa perfection ce que la thora nous enjoint.
Que D. fasse que nous méritions dès aujourd'hui de vivre les temps messianiques avec la révélation dès cet instant de notre juste Machia'h.
Issu de Discours du Rabbi de Loubavitch sur Machia'h.